sábado, 4 de abril de 2015

La famille légitime se perpétue à l'infini, au travers des liens impérissables de l'esprit

Jorge Hessen


« Si quelqu'un ne prend pas soin des siens, surtout de ceux qui vivent dans sa maison, il a renié la foi, il est pire qu'un incroyant » (1).

Selon les informations des médias, il y a certaines écoles qui tentent de recréer la fameuse fête des pères, qui est traditionnellement commémorée au Brésil le second dimanche du mois d'août. Le fait de recréer est né de la diversité actuelle des configurations familiales, qui obligent les établissements d'enseignement à innover dans la célébration de cette date pour prendre en compte la nouvelle réalité familiale. ...>>


Les nouvelles structures familiales réclament des mesures alternatives qui obligent les établissements d'enseignement à repenser les commémorations traditionnelles et à satisfaire les couples séparés qui partagent la garde des enfants, et/ou les célibataires qui se sont résolus à adopter des enfants, évitant ainsi des situations gênantes. C'est pourquoi, certaines écoles ont adopté des rites commémoratifs hétérodoxes à l'occasion de la fameuse fête des pères. L'une des alternatives trouvées fut de créer le jour de la fête de famille, célébration où les enfants amènent à l'école les proches qu'ils désirent, et/ou la commémoration du «mois de la famille», un événement à l'occasion duquel les enfants, dans le milieu scolaire durant ce mois, font des dessins et rédigent des histoires exprimant leur vie familiale (2).

Ce sujet nous conduit à réfléchir à propos de la famille. On sait que la famille est la cellule la plus importante de l'organisme social. Elle est constituée d'innombrables règles sociales et de modèles comportementaux qui intègrent leurs membres dans un système édifiant le développement et les conquêtes, dont la principale fonction est de perfectionner l'esprit, en polissant les arêtes de l'imperfection et usant du sentiment d'amour, afin que les individus soient prêts à l'ordre, au progrès et au bien-être de toute la société. Étant le noyau naturel et fondamental de la société, la famille a droit à la protection, non seulement de l'État, mais aussi de la société elle-même. De là découlent des conclusions évidentes : premièrement, la famille n'est pas seulement celle qui est traditionnellement constituée par le mariage, les autres entités familiales socialement constituées ayant les mêmes droits ; deuxièmement, la famille n'est pas une cellule de l'État (domination de la politique) mais de la société civile, l'État ne pouvant la traiter comme si elle en faisait partie ; la famille est conçue comme un espace de réalisation de la dignité des personnes humaines.

Un autre élément important qui doit être souligné est celui de l'émancipation féminine, principalement économique et professionnelle, qui a substantiellement modifié le rôle que l'on destinait à la femme dans le milieu domestique ainsi que le modèle de la famille. La famille est en train de s'adapter aux nouvelles circonstances, assumant un rôle plus concentré sur la qualité des relations personnelles et sur les aspirations en vue d'une vie plus heureuse. C'est dans ce contexte que la famille a souffert, durant les ultimes décennies, de profonds changements de fonction, de nature, de composition et, en conséquence, de conception. La famille patriarcale, que notre tradition a pris pour modèle au long du XXe siècle, est entrée en une crise qui a culminé par sa chute. Et il faut reconnaître que la famille actuelle est modelée suivant un fondement émotionnel : l'affectivité. Selon ce mode, lorsqu'il y a affection, il y a famille, unie par les liens de liberté et de responsabilité, dès lors qu'elle est consolidée par la symétrie, la collaboration, la communion de vie non hiérarchisée. Ainsi, la réalisation personnelle de l'affectivité et de la dignité humaine, dans un environnement de vie commune et de solidarité, devient la fonction basique de la famille de notre époque.

D'un autre côté, il faut voir sur ce point que l'on franchit une étape historique de transformations profondes, où les valeurs qui régissent la société sont mises en question. « De même qu'aujourd'hui on n'a jamais tant cherché le plaisir et la satisfaction maladive des passions, on n'a jamais, dans le même temps, autant senti un tel manque d'orientation et d'aide de la famille pour pouvoir préparer l'homme à la modernité, sans le conduire à la banqueroute morale » (3). Dès lors, la famille est en train de se modifier et, actuellement, subit une telle métamorphose qu'elle en devient préoccupante, car souvent la société n'y est pas préparée, tout comme ses membres peuvent ne pas être préparés psychiquement à affronter les appels de la société.

Avec Allan Kardec, on dispose d'une question magistrale : « Peut-on considérer la paternité comme une mission ? C'est sans contredit une mission ; c'est en même temps un devoir très grand, et qui engage, plus que l'homme ne le pense, sa responsabilité pour l'avenir » (4). Il est habituel, aujourd'hui, de façon préoccupante, que les enfants ne vivent qu'avec un seul de leurs géniteurs du fait de leur séparation judiciaire (divorce), car la relation de l'enfant avec un seul géniteur peut se transformer en un lien d'exclusivité occasionné par la surprotection de celui-ci, surtout lorsqu'il s'agit de fils uniques, n'ayant aucune place pour quelqu'un d'autre dans la relation et causant à l'enfant une difficulté pour partager son affection avec les autres. Aussi, la vie sociale est très importante puisqu'elle permet d'accroître ses liens affectifs, permettant un échange d'affection avec un autre enfant, en vivant l'expérience gratifiante de l'amour fraternel. Comme la doctrine spirite l'indique, il nous faut commencer dans l'intimité du temple domestique à être des exemples des principes épousés, « avec sincérité et fermeté, uniformisant la conduite elle-même, à l'intérieur et à l'extérieur de soi, vu que la foi spirite dans le climat familial est la source du spiritisme dans le domaine social » (5).

Si l'on en revient à la question de la famille et de la parenté, il nous faut rigoureusement «améliorer, sans perdre courage, les contacts directs et indirects avec les parents, les frères, les oncles, les cousins et les autres parents, durant les luttes du monde, afin que la vie ne vienne pas exiger de nous de nouvelles et plus énergiques expériences lors d'incarnations proches. L'accomplissement du devoir, créé par nous-même, est une loi du monde intérieur à laquelle on ne peut échapper» (6). La famille est une réunion spirituelle dans le temps et, pour cette même raison, le foyer est un sanctuaire. Souvent, surtout sur Terre, plusieurs de ses membres s'éloignent de l'harmonie avec les plus hauts objectifs de vie ; toutefois, « quand deux ou trois de ses membres apprennent la grandeur de leurs probabilités d'élévation, se réunissant intimement en vue des réalisations de l'esprit éternel, de merveilleuses édifications sont à attendre » (7). L'illustre mentor Emmanuel appelle notre attention en affirmant que « la famille consanguine, parmi les hommes, peut être considérée comme le centre essentiel de nos réflexes. Des réflexes agréables ou désagréables que le passé nous restitue » (8).

La structure familiale a ses matrices dans la sphère spirituelle. À travers ses liens, se joignent tous ceux qui se sont engagés, dans l'au-delà, à développer sur Terre une tâche constructive de fraternité réelle et définitive. En cette institution divine, les maillons de l'amour sont prépondérants, fondés sur les expériences d'autres ères. Néanmoins, là interviennent aussi les haines et les persécutions du sombre passé, de manière à se transformer en solidarité fraternelle, en ayant en vue l'avenir. « C'est au cours des difficultés éprouvées en commun, des douleurs et des expériences reçues durant la même route de l'évolution rédemptrice, que l'on oublie les amertumes du passé lointain, en transformant tous les sentiments inférieurs en expressions régénérées et sanctifiantes. Les affections purifiées, au-dessus des liens du sang, l'institution sacrée de la famille se perpétue à l'infini, au travers des liens impérissables de l'esprit » (9).

Jorge Hessen


Site: http://jorgehessen.net

Traduction: Jean Emmanuel Nunes


Bibliographie

1) Première épître de Saint-Paul à Timothée, verset 5:8
2) Selon les données de l'institut brésilien de géographie et de statistiques, en 2006, près de 35 % des familles étaient monoparentales (il n'y avait qu'un seul des responsables). Ce chiffre, il y a une décennie, était de 23 %. Au cours de la même période, le pourcentage des unions officialisées où l'un au moins des conjoints est divorcé, est passé de 9 % à 13 %.
3) A voz da serra, le 14 août 2005
4) Allan Kardec, Livre des esprits, question 582
5) Conduta espirita, André Luiz/Waldo Vieira
6) Idem
7) No mundo maior, Francisco Candido Xavier/André Luiz
8) Palavras de Emmanuel, Emmanuel/Francisco Candido Xavier
9) O consolador, Emmanuel/Francisco Candido Xavier 

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